LOIS RESTREIGNANT LES LIBERTES INDIVIDUELLES AUX U.S.A.

                                            Transmis par Jean HUDON

De : http://fr.news.yahoo.com/011026/5/26we1.html
Le président Bush promulgue les nouvelles lois antiterroristes (vendredi 26
octobre 2001)


WASHINGTON (AP) -- Les Etats-Unis durcissent leur arsenal législatif
antiterroriste. Le président George Bush a promulgué vendredi les lois
adoptées cette semaine par le Congrès, qui donnent des pouvoirs
considérables à la police et aux services secrets pour ''contrer une menace
comme notre pays n'en a jamais connu''

Ces lois, adoptées mercredi par la Chambre des représentants et jeudi par
le Sénat à d'écrasantes majorités, renforcent le recours à la mise sur
écoute des téléphones fixes et portables, autorise la surveillance des
communications et des e-mails sur Internet, assouplit les conditions de
perquisition des domiciles privés dans tout le pays et étend la durée de la
garde à vue pour les étrangers suspectés d'activités terroristes.

Ces pouvoirs de police accrus ont suscité un débat sur les limites ainsi
imposées aux libertés publiques dans une démocratie. Le président Bush a
tenté de répondre à ces inquiétudes en déclarant: ''Aujourd'hui, nous
faisons un pas essentiel pour vaincre le terrorisme tout en protégeant les
droits constitutionnels de tous les Américains'', a déclaré le président
lors d'une cérémonie dans l'Est Room de la Maison Blanche. ''Le
gouvernement appliquera ces lois avec toute l'urgence d'un pays en
guerre.''

Les parlementaires étaient parvenus à un compromis la semaine dernière sur
les modifications apportées par la Chambre et celles, différentes,
proposées par le Sénat au plan initial de la Maison Blanche.

Pour parvenir à ce texte de compromis, plusieurs semaines de négociations
ont été nécessaires entre la Maison Blanche, la Chambre des représentants
et le Sénat. Ainsi, l'administration Bush a accepté une concession de
taille en renonçant à rendre permanent ce dispositif antiterroriste.
Finalement, les dispositions les plus sensibles, qui concernent les écoutes
téléphoniques et la surveillance électronique, resteront en vigueur pendant
quatre ans pour expirer fin 2005.

Les autres dispositions contenues dans ce dispositif législatif
antiterroriste prévoient notamment:

- d'autoriser les autorités fédérales à émettre des mandats de perquisition
valables dans tout le pays pour les enquêtes antiterroristes ;

- de renforcer le partage des informations entre le FBI, le département
d'Etat, le Service d'immigration et de naturalisation et les gouvernements
étrangers ;

- de rendre illégale la détention de substances pouvant être utilisées
comme armes chimiques ou biologiques (sauf utilisation ''pacifique'') ;

- d'autoriser l'Attorney General (ministre de la Justice) à placer en garde
à vue des ressortissants étrangers soupçonnés de terrorisme. Dans ce
dernier cas, le ministre de la justice doit soit entamer une procédure
d'extradition, durant laquelle l'étranger reste en détention fédérale, soit
inculper la personne. Si ces démarches ne sont pas faites dans les sept
jours suivant l'arrestation, l'étranger doit être libéré.

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De : http://fr.news.yahoo.com/011026/1/26wbg.html
La traque au terrorisme redouble avec l'entrée en vigueur de la loi "patriote"

WASHINGTON, 26 oct (AFP) - Près de sept semaines après les sanglants
attentats de New York et Washington, la police fédérale et le département
de la justice vont enfin pouvoir mettre les bouchées doubles pour
démanteler les réseaux de la terreur aux Etats-Unis, avec l'entrée en
vigueur vendredi de la loi antiterroriste "patriote".

Le président George W. Bush a signé cette loi dans la matinée lors d'une
cérémonie à la Maison Blanche, moins de 24 heures après qu'elle eut obtenue
le feu vert définitif du Congrès.

"Cette législation est essentielle non seulement pour poursuivre et punir
les terroristes, mais également pour prévenir de nouvelles atrocités", a
souligné le président.

Répondant aux critiques des associations de défense des libertés civiques,
il a affirmé qu'elle ne porterait pas atteinte aux libertés individuelles
fondamentales.

En signant cette loi, "nous franchissons un pas essentiel pour vaincre le
terrorisme tout en protégeant les droits constitutionnels de tous les
Américains", a-t-il dit.

Les nouvelles mesures vont largement faciliter les écoutes téléphoniques
contre les personnes suspectées de terrorisme. Elles permettront aussi de
saisir beaucoup plus facilement données informatiques suspectes, courrier
électronique et trafic internet. Elles allongeront aussi la durée des
détentions provisoires qui passeront de 2 à 7 jours.

Elles donneront aux autorités des moyens nouveaux pour traquer et stopper
les flux financiers des terroristes. Elles renforceront aussi
considérablement les pouvoirs des Services de l'immigration (INS). Elles
faciliteront les échanges d'informations entre services judiciaires et du
renseignement. Elles durciront enfin les peines dans les affaires de
terrorisme, tant contre les auteurs d'attentats, que contre ceux qui les
protègent ou les abritent.

Ces dispositions donneront les coudées beaucoup plus franches aux milliers
d'agents du FBI mobilisés depuis le 11 septembre pour remonter la piste de
tous les complices des auteurs des terrifiants attentats contre le World
Trade Center à New York et le Pentagone près de Washington.

La police fédérale est également sur les dents pour tenter d'arrêter le ou
les expéditeurs de lettres contaminées aux bactéries du charbon. Elles ont
déjà provoqué trois morts, dont deux employés des postes à Washington, et
elles menacent de paralyser le système postal américain.

Ces attaques, circonscrites surtout pour l'instant aux régions de New York,
de Washington, au New Jersey et à la Floride, ont déclenché une véritable
psychose au courrier contaminé parmi le grand public.

Elles ont aussi placé, pour la première fois depuis les attentats,
l'administration Bush sur la défensive, face à la colère de postiers en
première ligne dans ces attaques bioterroristes sans précédent. Beaucoup
estiment que le gouvernement a réagi à retardement et n'a pas su en mesurer
à temps les risques.

A peine la nouvelle loi signée, l'Attorney General (ministre de la justice)
John Ashcroft a envoyé une série de circulaires à tous les procureurs
fédéraux et à tous les bureaux du FBI aux Etats-Unis pour les autoriser à
élargir leurs écoutes téléphoniques de suspects et saisir tous leurs
données informatiques qui étaient jusqu'ici hors d'atteinte.

Depuis les attentats du 11 septembre, près de mille suspects, souvent
d'origine arabe, ont été arrêtés. La plupart sont toujours en détention
provisoire, sous le coup de violation des lois américaines. Mais ces
arrestations ne semblent pas avoir fait avancer beaucoup les enquêtes en
cours.


De : http://www.wsws.org/francais/News/2001/novembre01/7nov01_coup.shtml
La guerre intérieure de Bush : vers un état policier
par le comité de rédaction du WSWS
7 novembre 2001

Depuis les attentats terroristes sur New York et Washington le 11
septembre, les États-Unis ont connu une transformation radicale de leur
structure gouvernementale, des rapports de la population avec la police et
les forces armées ainsi que du cadre constitutionnel et judiciaire.

La Maison blanche s'est octroyée de nouveaux pouvoirs importants de
répression intérieure, établissant en vertu d'un ordre exécutif un Bureau
de la sécurité intérieure qui n'est pas supervisé par le Congrès. De plus,
la nomination des membres de ce bureau n'est pas soumise à un vote
d'approbation du Congrès. Une agence unifiée de police politique est en
train d'être créée avec la loi «anti-terroriste» qui regroupe en fait le
FBI et la CIA et abolit la vieille séparation entre l'espionnage à
l'étranger et le contre-espionnage domestique.

En parallèle avec les bombardements en Afghanistan, l'administration Bush a
déclaré qu'il y avait un deuxième front de guerre, la guerre à l'intérieur.
Le gouvernement fédéral lance des «alertes à la terreur» vagues et sans
justifications, qui créent une anxiété chez la population sans pour autant
lui offrir la moindre protection. Les porte-paroles du gouvernement
demandent à la population d'accepter des mesures telles que les fouilles
policières à l'improviste. Les barrages policiers au hasard sont maintenant
partie prenante du quotidien. Les troupes de la garde nationale
patrouillent les aéroports, les ports, les ponts, les tunnels et même le
Capitole à Washington.

Les garde-fous fondamentaux offerts par la Constitution, tel l'habeas
corpus, le droit d'un accusé à connaître les accusations qui sont portées
contre lui et même la présomption d'innocence, ont été foulés aux pieds
pour des millions d'immigrants du Moyen Orient et de l'Asie centrale. Le
droit à la vie privée n'est plus qu'un souvenir pour l'ensemble de la
population, les agences gouvernementales ayant le feu vert pour installer
des micros sur les lignes, contrôler les transactions financières et
entreprendre toute autre forme d'espionnage, à toutes fins pratiques sans
la moindre entrave.

Si le 10 septembre l'on avait montré les États-Unis d'aujourd'hui à
l'Américain moyen, sa réaction aurait probablement été : «Ce n'est pas les
États-Unis que je connais. On dirait plutôt un État policier.»

C'est une amère ironie qu'un tel assaut contre les droits démocratiques
soit mené au nom de la guerre pour défendre la «liberté» et la «démocratie»
contre le terrorisme. Mais ni l'administration Bush, ni son collaborateur
qu'est le Parti démocrate, ni une presse soumise et complice ne se donnent
la peine d'expliquer pourquoi le gouvernement américain n'a jamais, de tout
le vingtième siècle, concentré de tels pouvoirs entre ses mains. Ni lors de
la Première guerre mondiale, ni de la Deuxième, pas plus qu'au cours de la
guerre froide, lorsque les adversaires étaient de puissants États
lourdement armés, n'a-t-on vu une restructuration de l'appareil
gouvernemental et judiciaire comparable à celui que l'on voit aujourd'hui.
Pourquoi en est-il ainsi, alors que l'ennemi est censé être un petit groupe
de terroristes basé dans des cavernes d'un des pays les plus pauvres du
monde ?

La loi anti-terroriste

Un des éléments cruciaux de l'assaut contre les libertés civiles est la
nouvelle loi «anti-terroriste» qui fut votée à toutes vapeurs par le
Congrès et est entrée en vigueur moins de cinq semaines après les attaques
terroristes. La loi définit le terrorisme de telle façon qu'elle pourrait
être utilisée pour restreindre des activités politiques et le droit de
parole garantis par la Charte des droits de la constitution américaine.
Elle octroie de larges pouvoirs aux agences policières, leur permettant
d'effectuer des fouilles secrètes, de mener des opérations très étendues
d'écoute électronique et de détenir indéfiniment des individus soupçonnés
de terrorisme. Quelqu'un n'ayant pas la citoyenneté américaine, y compris
un immigrant reçu, peut se voir interdire l'entrée aux États-Unis pour
avoir exprimé son opinion politique et peut être déporté si l'on juge
qu'ils a des liens même anodins avec une organisation déclarée terroriste
par le gouvernement. Le procureur général, John Ashcroft, a fait passer le
nombre d'organisations jugées telles de 46 à 74 la semaine passée.

La levée de la «séparation» qu'il y avait entre les agences du
renseignement intérieur et extérieur est une des provisions les plus
inquiétantes de la loi. La CIA a maintenant le pouvoir d'échanger des
informations avec le FBI, et se trouve en fait à collaborer avec lui pour
l'espionnage intérieur et la préparation des poursuites criminelles. De
même, le FBI pourra transmettre à la CIA, sans qu'il soit nécessaire
d'obtenir au préalable le consentement d'une cour, des informations
recueillies lors de commissions d'enquête à huis clos, ce qui donnera à
l'agence d'espionnage l'accès à des renseignements intérieurs qui lui
étaient inaccessibles auparavant.

Le 4 novembre, le Washington Post a publié un article au titre menaçant :
«Un géant du renseignement en gestation : la loi anti-terroriste donnera
naissance à une organisation d'une ampleur sans précédent». L'article
indique qu'en insistant sur les provisions de la loi ayant trait à l'écoute
et à la surveillance électronique, la presse détournait l'attention des
clauses qui modifiaient fondamentalement le fonctionnement des agences de
renseignement américaines. Selon le Post, un des aspects les plus
importants de la loi est le fait qu'elle «donne le pouvoir au gouvernement
de faire passer la mission première du FBI de la résolution de crimes à la
collecte d'informations à l'intérieur du pays».

La loi rend caduques les réformes législatives de la Foreign Intelligence
Surveillance Act (loi sur le contre-espionnage) de 1978, qui séparait les
enquêtes criminelles du FBI des opérations de collecte d'informations sur
l'espionnage étranger et le terrorisme international. Le Post écrit: «la
loi met en fait un terme à des mesures législatives de stricte séparation
mises en place il y a 25 ans suite au Watergate, lorsque la population
apprit avec stupeur que le président avait utilisé les services du
renseignement contre des activistes politiques».

Ces changements dépassent la simple augmentation de certains pouvoirs
d'enquête. Ils constituent une restructuration fondamentale de l'appareil
de police et de renseignement pour accroître tant sa taille que la portée
de ses activités.

Au cours des derniers jours, les représentants du gouvernement fédéral ont
exigé que soient levées les limitations législatives sur les pouvoirs de la
police municipale et de la police d'État. L'adjoint au procureur général,
Larry Thompson, s'est plaint du fait que les agents du secrétariat à la
Justice «n'ont pas assez d'yeux et d'oreilles» pour contrôler les personnes
soupçonnées d'être des terroristes, et a ajouté que les limitations
imposées aux services de polices municipaux «devraient être révisées».

Plusieurs services de police au niveau local ont déjà passé outre aux
règles de collecte d'informations mises en place pour protéger les droits
garantis par le Premier amendement. Le mois passé, la commission de la
police de Los Angeles a voté pour assouplir les mesures qu'elle avait
adoptées au début des années 1980 après des révélations publiques que la
police espionnait des opposants à la guerre, des politiciens libéraux et
d'autres dissidents politiques. Des corps policiers d'autres grandes villes
se préparent à ressusciter les méthodes d'espionnage mises en oeuvre lors
des opérations «escadron rouge».

Terroriser la population

Le 29 octobre, le gouvernement a émis sa deuxième alerte générale au
terrorisme en moins de trois semaines. Déclarant qu'il fallait s'attendre à
des attaques terroristes de grande ampleur contre les États-Unis ou des
intérêts américains à travers le monde au cours des prochains jours, le
Procureur général, John Ashcroft, n'a donné aucune indication sur les
cibles, les moyens d'attaques ou les auteurs les plus probables. Il n'a
donné aucune information qui viendrait appuyer son annonce d'un danger
imminent, ni la moindre indication à la population sur la façon dont elle
devait se préparer au danger. Toutefois, il a donné un conseil aux 18.000
agences de polices municipales et de polices d'État de «demeurer au plus
haut niveau d'alerte et d'avertir immédiatement le FBI de toute activité
inhabituelle ou suspecte».

Alors qu'il demandait à la population d'accepter les mesures
extraordinaires, tels les barrages ou les fouilles aléatoires par la police
ou la garde nationale, ou encore les interrogatoires par le FBI, Ashcroft a
dit : «Nous demandons la patience et la coopération des Américains si
jamais ils devaient subir des mesures supplémentaires prises par les agents
de la paix municipaux, les autorités fédérales ou d'autres personnes
responsables d'assurer la sécurité de la population».

Conséquence immédiate de l'alerte, les troupes de la garde nationale furent
déployées dans plusieurs États à des centres de transport, des usines de
traitement des eaux et des centrales nucléaires. Ces troupes venaient
s'ajouter à celles déjà en place dans les principaux aéroports depuis les
événements du 11 septembre.

À la fin de la semaine, le leader de la minorité en Chambre, Richard
Gephardt, a annoncé que le Congrès avait obtenu l'appui des deux partis
pour que des soldats armés soient affectés au Capitole. La Cour suprême a
plus tard annoncé qu'elle interdirait l'accès du public à ses procès.

Le gouvernement a déclaré que les «alertes au terrorisme» avaient pour but
d'avertir et de protéger la population. Mais sans informations plus
précises sur la menace imminente, par exemple où et quand les terroristes
ont-ils l'intention de frapper, qu'attend-on au juste de la population ?
Des alertes aussi vagues sont essentiellement frauduleuses. Elles ont pour
véritable objectif d'accoutumer la population aux invasions de la vie
privée, au démantèlement des garanties constitutionnelles et à la
militarisation généralisée de la société. Les autorités veulent que la
population accepte le déploiement des troupes sur les sites des aéroports,
des édifices publics, des ponts, des postes douaniers et dans les rues
comme étant un fait normal de la vie.

L'administration Bush a saisi l'occasion que lui offraient les attaques à
l'anthrax pour forcer la population à accepter d'autres atteintes aux
libertés civiles. Même si les informations publiées à ce jour portent à
croire que ce sont des éléments d'extrême-droite du genre Timothy McVeigh
qui sont les principaux suspects dans cette affaire, la Maison blanche et
les médias ont constamment suggéré que c'était Oussama Ben Laden qui était
responsable des attaques à l'anthrax, décrivant Al Qaida comme une menace
toute-puissante et pernicieuse.

Les alertes comme celles du 11 et du 29 octobre ont pour but de favoriser
la consolidation d'un nouvel appareil de répression intérieure. Le 29
octobre, le jour même de la dernière alerte, Bush présidait la première
réunion du Conseil de la sécurité intérieure. Cet organisme nouveau et sans
précédent a pour membres, en plus de l'ancien gouverneur Tom Ridge qui fut
nommé au poste de directeur, le vice-président, le procureur général, les
secrétaires de la Défense, du Trésor, des Transports, de la Santé et des
Ressources humaines ainsi que les dirigeants du CIA et du FBI. Les pouvoirs
de ce Conseil aussi bien que ceux du Bureau de la sécurité intérieure sont
vagues et indéfinis, et par conséquent pratiquement illimités.

À la suite de cette réunion, Bush a annoncé qu'une autre agence serait
formée sans qu'il ne précise les pouvoirs policiers qui lui seraient
dévolus : «la commission pour pourchasser les terroristes étrangers»,
dirigée par Ashcroft. La création de cette commission fait partie d'une
nouvelle politique sur les frontières qui permettra au gouvernement
d'interdire plus facilement l'entrée au pays aux immigrants qui auraient
des liens présumés avec des terroristes et de prendre des mesures
énergiques contre les demandeurs ou les détenteurs de visas étudiants.

Immigrants arrêtés en masse

Ces profonds changements ont lieu alors que l'étau de la sécurité nationale
mis en place après le 11 septembre se resserre. Plus de 1.100 personnes
sont maintenant sous les verrous. Bien que les représentants fédéraux
refusent de dire combien de ces détenus ont été libérés, un porte-parole du
département de la Justice a fait savoir qu' «une majorité» d'entre eux est
encore en détention. L'arrestation de ces individus reste entourée de
secret, le gouvernement ne fournissant aucunes informations quant à leur
identité, les raisons de leur détention et les accusations portées contre
eux.

Plusieurs sont gardés en isolement dans leurs cellules. Les familles de
certains suspects sont sans nouvelles d'eux, tandis que d'autres n'ont pas
d'avocat ou n'ont pas été autorisés à entrer en contact avec celui-ci.
L'action légale lancée contre ces détenus se fait généralement devant des
tribunaux siégeant en secret et dont les documents sont inaccessibles au
public. Tout cela dans le but de garder les opérations que mènent les
agences policières du fédéral et des états loin des yeux du grand public.

Des groupes de défense des droits et libertés, et quelques membres du
Congrès, ont réclamé des informations à propos de ces détentions. Le
département de la Justice a rejeté ces appels sans donner la moindre
explication pour le maintien d'un si grand secret. Martin, directeur du
Centre d'études sur la sécurité nationale, a jugé la conduite du
gouvernement au cours de l'enquête «dangereusement proche de la pratique
qui consiste en Amérique latine à faire 'disparaître' des gens».

Après chacun des deux états d'alerte nationale contre le terrorisme
décrétés depuis le 11 septembre, le nombre de victimes de ces rafles
policières a vite augmenté, triplant au cours des dernières semaines. L'un
des buts premiers de ces états d'alerte est de lancer un signal à la police
pour qu'elle intensifie ses activités de surveillance et emprisonne encore
plus de suspects.

Bien que les attentats meurtriers sur le World Trade Center et le Pentagone
aient servi de prétexte à ces arrestations en masse, pas une seule
accusation liée aux attaques du 11 septembre n'a été portée contre un
quelconque détenu. Le département de la Justice admet lui-même que des
soupçons non prouvés de liens avec les pirates de l'air ne pèsent que sur
10 ou 12 de ces détenus. La grande majorité des arrestations vise un autre
but, qui n'a rien à voir avec une quelconque enquête sur l'attaque
terroriste : il s'agit d'intimider la population immigrée et d'habituer le
peuple américain en son entier à des méthodes associées jusqu'à présent à
des dictatures militaro-policières.

Une «guerre sur deux fronts»

Des représentants du gouvernement ont insisté sur le fait que les mesures
anti-terroristes adoptées dans les dernières semaines ne devaient pas être
considérées comme étant temporaires. Lors d'un point de presse le 29
octobre, Ridge a déclaré : «Nous voulons que l'Amérique soit en haut niveau
d'alerte. Et de temps en temps, il se peut qu'on émette un nouvel avis
d'alerte générale.»

Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a ouvertement affirmé dans le
Washington Post du 1er novembre que le peuple américain devait non
seulement accepter une guerre indéterminée contre le terrorisme, mais aussi
«se préparer à la prochaine guerre, qui pourrait bien être très différente
non seulement de celles du siècle écoulé, mais aussi de la nouvelle guerre
contre le terrorisme que nous menons aujourd'hui». Autrement dit,
l'Amérique se met sur un pied de guerre, non pas pour la durée d'un conflit
déterminé en Afghanistan, mais de façon indéfinie. Par conséquent, les
mesures policières intérieures prises aujourd'hui par le gouvernement
doivent aussi être acceptées comme un état de choses permanent.

Un nouveau refrain a fait son apparition dans les déclarations officielles
de l'administration Bush : l'Amérique mène «une guerre sur deux fronts». En
lançant une alerte au terrorisme la semaine dernière, Ashcroft a déclaré :
«J'ai confiance que le peuple américain comprendra le conflit dans son
contexte, c'est-à-dire un front à l'étranger et un autre front ici aux
États-Unis.»

Ridge a déclaré le lendemain: «Nous sommes engagés dans une guerre sur deux
fronts contre le terrorisme». Dans un discours prononcé le 31 octobre pour
prôner son plan de stimulus économique, Bush a répété cette litanie: «Pour
la première fois dans l'histoire de notre nation, une partie de la bataille
se joue à l'intérieur du pays».

La signification exacte de cette «guerre sur deux fronts» n'est jamais
expliquée. Mais à la lumière des mesures de sécurité extraordinaires prises
par le gouvernement depuis le 11 septembre, les références à une bataille
menée sur le «front intérieur» prennent un sinistre sens. Par leur
tentative de créer une atmosphère de crainte et d'hystérie au sujet de
menaces terroristes imminentes, les autorités veulent faire passer tous
ceux qui ont été détenus dans le cadre de leur enquête, qu'il y ait ou non
des preuves contre eux, comme «l'ennemi». Les mêmes méthodes seront
utilisées contre ceux qui s'opposent à la guerre contre l'Afghanistan et
aux autres politiques du gouvernement, tant sur le plan international que
national.

Avant et après le 11 septembre

Les gestes posés par le gouvernement dans la période qui a suivi le 11
septembre constituent l'attaque sur les droits et libertés la plus sérieuse
et la plus soutenue dans l'histoire des États-Unis. Personne ne devrait
croire que c'est seulement en réaction aux attaques sur le World Trade
Center et le Pentagone. De telles mesures sont réclamées depuis longtemps
par les sections les plus à droite de l'élite dirigeante, qui ont exploité
les événements tragiques du 11 septembre pour réaliser leur projet de
politique intérieure, tout comme elles s'en servent pour lancer une
intervention militaire américaine dans l'Asie centrale riche en pétrole.

Ces vastes changements sont le point culminant de deux décennies de
réaction politique et d'assaut sur les droits démocratiques. Deux décennies
qui ont vu un accroissement régulier des forces répressives de l'état, y
compris l'emprisonnement de deux millions d'Américains, la mise de milliers
d'autres en attente d'une peine de mort, des restrictions légales des
droits des accusés, et l'extension des pouvoirs policiers d'espionnage et
de surveillance électronique. Il y a parallèlement eu l'apparition d'une
droite aux penchants fascistes sans grand soutien populaire mais jouissant
d'une énorme influence au sein du parti républicain, du Congrès et
maintenant à la Maison blanche.

Ceux qui prétendent que la récente escalade de l'assaut sur les droits et
libertés n'est qu'une réponse au 11 septembre passent sous silence le fait
critique que l'administration Bush est montée au pouvoir sur la base d'un
assaut sans précédent sur le droit démocratique le plus élémentaire, le
droit de vote. La campagne menée par Bush et le parti républicain pour
voler l'élection et prendre le pouvoir, même après avoir perdu le vote
populaire à l'échelle nationale, a été sanctionnée par une décision de la
majorité de droite de la cour suprême américaine. Celle-ci a stoppé le
décompte manuel prescrit par la loi dans l'état clé de la Floride, et donné
ainsi la présidence à Bush. Un gouvernement qui prend le pouvoir au moyen
de la fraude et de la conspiration doit gouverner par les mêmes méthodes.

Il s'agit d'une administration dont la politique intérieure et extérieure
est taillée sur mesure pour la couche la plus riche et la plus privilégiée
de la société américaine. C'est aussi une administration de crise. Avant
les attaques terroristes, l'administration Bush montrait tous les signes
d'un désarroi interne. Sa base sociale de soutien déjà mince se voyait
minée par l'impact d'une récession économique grandissante, tant aux
États-Unis qu'à l'échelle internationale.

Les républicains avaient perdu contrôle du Sénat, et au niveau
international, l'administration Bush était de plus en plus isolée, tant ses
alliés nominaux que ses ennemis condamnant sa posture agressive et
unilatérale. Les événements du 11 septembre ont été vus par ceux qui
dirigent l'administration Bush comme l'occasion de renforcer le
gouvernement et rallier un soutien populaire en lançant un assaut militaire
sur les supposés coupables. Il fallait au même moment se préparer à une
éruption des luttes sociales face à la hausse du chômage, la récession
grandissante et la politique pro-patronale du gouvernement. Pour ce faire,
il fallait élargir et restructurer les pouvoirs répressifs de l'état.

La campagne «anti-terroriste» menée par l'Administration Bush à l'intérieur
des États-Unis doit être un sérieux avertissement. Après la débâcle de la
Floride en novembre et décembre 2000, de nombreux commentaires complaisants
avaient paru dans la presse. Leur thème commun était que, contrairement à
d'autres pays, la lutte politique amère ayant fait rage aux États-Unis ne
s'était pas terminée avec l'apparition de tanks dans les rues. Maintenant
les tanks sont dans les rues, et des soldats encerclent le Capitole, dans
ce qu'on pourrait appeler un coup d'état au ralenti.

Toutes les normes traditionnelles de la démocratie bourgeoise aux
États-Unis sont remises en question. L'administration Bush exprime le
mépris pour la démocratie que ressentent de puissantes sections de
l'oligarchie industrielle et financière des États-Unis, ainsi que leurs
alliés aux penchants fascistes réunis au sein de la droite chrétienne, du
lobby pour la possession d'armes à feu, et des milices. Tous ces éléments
sont déterminés à aller aussi loin qu'ils le peuvent dans l'établissement
d'un régime autoritaire. Des concepts tels que la séparation des pouvoirs
entre les trois branches du gouvernement et le contrôle législatif de
l'exécutif sont mis au rancart dans une tentative de renforcer les pouvoirs
policiers de l'exécutif fédéral.

Ça vaut la peine de noter qu'au plus haut point de la grande peur de
l'anthrax, à la mi-octobre, les républicains du Congrès réclamaient la
fermeture et un ajournement indéfini du Congrès. Cela aurait facilité leur
tentative d'aplanir tous les obstacles devant Bush, le FBI, la CIA et les
forces armées, et de donner carte blanche à ces éléments dans les
opérations qu'ils mènent tant à l'étranger qu'à l'intérieur du pays.

La guerre de l'administration Bush contre les droits démocratiques a mis à
nu l'incapacité du parti démocrate à offrir la moindre opposition sérieuse
aux forces d'extrême-droite qui dominent le parti républicain. En l'espace
de quelques heures après les attaques du 11 septembre, les Démocrates
promettaient un appui inconditionnel à la Maison blanche de Bush, déclarant
que la dissidence politique n'était plus acceptable. La direction démocrate
s'est non seulement mise au pas pour donner à Bush un mandat illimité pour
mener la guerre à l'étranger, elle a aussi assuré le passage de sa loi
«anti-terroriste». Elle a aussi torpillé toute enquête sur l'échec
inexpliqué des services de renseignement qui a permis les attaques du 11
septembre, et cautionné la destruction des protections constitutionnelles.

L'effondrement politique du Parti Démocrate est le point culminant d'un
long processus d'adaptation aux sections les plus à droite de l'élite
dirigeante. Dans leur réponse pleine de lâcheté d'abord à la conspiration
républicaine pour la destitution de Clinton, puis au vol des élections de
l'an 2000, les Démocrates avaient déjà démontré qu'ils ne pouvaient, ni ne
voulaient, défendre les droits démocratiques.

Même si pour le moment la grande majorité de ceux qui ont été saisis dans
l'étau du gouvernement sont des immigrants originaires du Moyen-Orient et
de l'Asie Centrale, c'est seulement une question de temps avant que ces
méthodes anti-démocratiques ne soient plus largement utilisées. L'offensive
tous azimuts sur les droits démocratiques ne peut être combattue que par
l'organisation de la classe ouvrière en tant que force indépendante qui
unisse toutes les sections des travailleurs, qu'ils soient immigrés ou nés
aux États-Unis, dans une lutte politique contre l'oligarchie financière et
ses représentants politiques.

Voir aussi :

Les talibans, les États-Unis et les ressources de l'Asie centrale - 24
octobre 2001
http://www.wsws.org/francais/hiscul/2001/novembre01/24oct01_taliban1.shtml

La guerre de Bush aux États-Unis : censure gouvernementale, secrets et
mensonges  - 13 octobre 2001
http://www.wsws.org/francais/News/2001/octobre01/13oct01_censure.shtml

La poussée militariste des États-Unis menace de déstabiliser l'Arabie
saoudite - 8 octobre 2001
http://www.wsws.org/francais/News/2001/octobre01/8oct01_saoudite.shtml

Le dossier Ben Laden de Tony Blair: un prétexte plutôt qu'une preuve - 6
octobre 2001
http://www.wsws.org/francais/News/2001/novembre01/6oct01_ladenblairfile.shtm
l

Déclaration du comité de rédaction du WSWS Les raisons de notre opposition
à la guerre en Afghanistan - 9 octobre 2001
http://www.wsws.org/francais/News/2001/octobre01/9oct01_declarationwsws.shtm
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Où l'administration Bush conduit-elle le peuple américain? - 22 septembre
2001 http://www.wsws.org/francais/News/2001/sept01/22sept01_bushamer.shtml

Pourquoi l'administration Bush veut la guerre - 15 septembre 2001
http://www.wsws.org/francais/News/2001/sept01/15sept01_wtcguerre.shtml

Les racines politiques des attaques terroristes contre New-York et
Washignton - 12 septembre 2001
http://www.wsws.org/francais/News/2001/sept01/13sept01_wtc.shtml

Les Palestiniens sous un siège militaire et économique - 20 août 2001
http://www.wsws.org/francais/News/2001/sept01/20aout01_palestine.shtml

Après la boucherie : leçons politiques de la guerre des Balkans - 28 juin
1999 http://www.wsws.org/francais/News/1999/juin99/14juin_north.shtml


Voir aussi les nombreux autres textes français au
http://www.wsws.org/francais/index.shtml

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